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L'importance du travail paysan

Dernière mise à jour : 25 avr. 2023

Il est aujourd'hui essentiel de (re)découvrir et (re)valoriser une profession délaissée.


Que feriez-vous si chaque jour, au moins un.e de vos collègue de travail se suicidait ? Qu'après des journées de plus de 10h, des semaines de 6 à 7 jours, sans vacances ou presque sur l'année, vous ne dégagiez aucun revenu ou viviez en dessous du seuil de pauvreté ? Que vous deviez faire face à une augmentation des violences à votre égard (destruction de votre lieu de travail et de vie, coups et blessures, menaces ...) ainsi qu'à une ignorance ou un mépris de la part de la majorité de la société ? Et ce malgré le fait que votre métier est l'un des piliers du monde, permettant chaque jour aux gens de pouvoir vivre ? Il y a fort à parier que vous n'accepteriez pas cette situation. Alors pourquoi l'infliger à d'autres ? Ceci est une esquisse bien réelle du quotidien de nos paysan.ne.s et représente l'une des premières conséquences tangibles de notre déconnection à notre alimentation : nous créons une situation invivable pour ceux et celles qui dédient leur vie à nous nourrir et oublions l'importance de leur rôle. Pourtant, ceux-ci peuvent être à l'origine de nombreuses solutions, mais uniquement avec le soutien de notre consommation.


« Mamelle économique de la France, la paysannerie a subi de plein fouet les tragédies du XXème ... précipitant une mutation qui l'a laissée exsangue, transformant le héros ... en bouc émissaire de la transition écologique et en victime expiatoire de la tertiarisation ». Eric Alary, L'Histoire des paysans français

La fontaine de jouvence


De la cosmétique au transhumanisme en passant par les suppléments alimentaires, nous cherchons constamment à repousser les limites de notre condition physique humaine que nous dégradons pourtant quotidiennement à travers une alimentation appauvrie, voire toxique. Nous en avons oublié que la base de notre santé et de notre beauté se trouve dans notre assiette. "Que ton aliment soit ta première médecine" indiquait déjà Hippocrate dans la Grèce antique. La qualité de notre nourriture dépend notamment du travail de nos paysans : des produits qu'ils utilisent en culture, du soin qu'ils apportent à la santé des sols, de la manière dont ils nourrissent et traitent leurs animaux, du respect qu'ils apportent aux saisons ... Grâce à eux, nous pouvons bénéficier du meilleur de ce que la Nature a à offrir et apporter à notre corps la matière nécessaire à un fonctionnement optimal. Pourquoi acheter 38€ des pilules auto-bronzantes aux avis Google mitigés quand une carotte sans pesticides, de saison, en circuit court accompagnée d'une cuillère à café d'huile d'olive vous donnera bonne mine pour moins d'1€ et vous fera bénéficier de nombreux autres avantages (vitamine A, fibres ...) ?


La première ligne de défense contre le réchauffement climatique


Le travail paysan est l'un de nos premiers leviers d'action contre le réchauffement climatique. Vous constaterez en marron sur le schéma ci-dessous la part d'émissions de gaz à effet de serre provenant de l'activité agricole pour les différentes familles de produits. Dans tous les cas, elle représente plus que les autres segments de la chaîne alimentaire. En transformant les méthodes de travail du monde paysan, nous avons la possibilité de les aider à réduire considérablement les émissions : réduction de l'élevage bovin, rejet des pesticides courants et des engrais les plus polluants, interruption de l'utilisation de soja issu de la déforestation pour nourrir le bétail ...


La "mamelle économique" de la France


L'influence de la France s'est construite en grande partie autour de notre activité agricole brute : en 2017, le secteur est le 1er employeur du pays, génère un chiffre d'affaire en hausse à 213 milliards d'€, représente le troisième poste d'excédent commercial français ... Concrètement donc, le travail de nos paysans permet : de nombreux emplois, un rayonnement économique conséquent, une puissance politique et diplomatique. Il s'agit bien d'un des secteurs contribuant le plus à notre puissance. Au delà de ces données brutes, ce travail renferme de nombreuses ramifications augmentant notre richesse. Hors secteur industriel, la qualité de nos produits a permis à faire de la France une référence mondiale de la gastronomie : sans le travail de qualité de nombreux paysan.ne.s, nos chef.fe.s n'auraient rien à sublimer. Ceci développe l'attractivité touristique de la France tout en renforçant son impact culturel à l'échelle mondiale. Le même constat peut être fait pour notre activité viticole. Ces facteurs combinés participent du confort de vie que nous connaissons dans notre pays. C'est bien l'activité paysanne qui en est à l'origine.


Le coeur du plaisir


Quel est les trois points communs entre les deux films Snow Piercer (2013, Bong Joon-Ho) et Le Soleil Vert (1974, Richard Fleischer) ? Tous deux dépeignent une société humaine effondrée à cause du dérèglement climatique. Les survivants ne se nourrissent qu'en consommant une tablette industrielle de matière organique. Le dégoût de cette consommation austère, sans plaisir et sans saveur est l'étincelle qui déclenche la révolution. Qui d'entre nous souhaite un monde sans musique, sans odeurs délicieuses, sans couleurs, sans saveurs ? Toutes les semaines lors de nos ateliers à l'Académie du Climat pour L'école comestible, nous constatons le plaisir qu'ont nos participants (enfants, jeunes, jeunes adultes, parents) de redécouvrir le bon goût des choses. Nous connaissons tous la joie que procure une table recouverte de bons produits. Notre alimentation et la Nature qui nous l'offre contribuent fortement à notre bonheur. Le monde paysan est le gardien de ce temple.


La responsabilité des seul.e.s paysan.ne.s ?


Suite à la lecture de ces lignes, un malentendu pourrait s'être créé. Si le rôle paysan est aussi important, alors ceux ci sont responsables des dérives. En réalité, leur activité est conditionnée par notre consommation. Nous souhaitons des tomates, fraises et framboises toute l'année, donc celles ci sont produites en serre et bourrées de produits chimiques. Nous achetons principalement de la viande industrielle chez Charal, donc l'élevage industriel augmente. Nous dépensons principalement notre argent sur des produits industriels trop gras, trop sucrés, trop salés, toxiques ... alors ces mêmes produits continuent d'être fabriqués par les circuits industriels, ce qui assèche l'irrigation économique paysanne et limite leur capacité de travail. Le monde paysan ne pourra assumer complètement ses fonctions que lorsque nous, consommateurs du quotidien, feront l'effort d'orienter notre consommation, donc notre argent, vers des circuits vertueux. Il ne tient qu'à nos achats de vivre dans un monde meilleur.


Et concrètement, je fais quoi ?


Au quotidien, comment pouvons-nous les aider à assumer pleinement leur rôle et participer activement à la création d'un monde meilleur ?


- Le premier moyen, probablement le plus efficace, sera de changer vos sources d'approvisionnement : détournez-vous des Auchan, Franprix, Carrefour et autres supermarchés. N'êtes vous pas frappés quand vous vous y rendez de la proportion de produits industriels VS produits bruts ? Ou de la provenance lointaine de nombreux produits ? De la présence de tomates tout au long de l'année ? Ces établissements alimentent un circuit industriel destructeur et orientent votre argent vers des actionnaires, pas vers des circuits qui veulent votre bien. A la place, achetez directement aux producteur sur les marchés, inscrivez vous à une AMAP (trouvez la plus proche de vous ici), cherchez les néo-épiceries autour de chez vous (ces nouveaux magasins qui ne proposent que des produits en circuits courts, de saison, sans pesticide ...). Achetez chez Biocoop (La Vie Claire, Naturalia, Bio C Bon appartiennent à Auchan, Carrefour ...).


- Le second moyen est le changement de quelques habitudes : ne consommez que des produits de saison (vous savourerez d'autant plus vos tomates quand vous les retrouverez et qu'elles auront du goût), refusez les produits avec pesticides, préférez les circuits courts.


- Le troisième est le soutien : écrivez à vos producteurs pour leur témoigner votre reconnaissance ou le plaisir que vous éprouvez à savourez leur produit. Interpellez vos élu.e.s pour qu'ils intègrent le soutien au monde paysan dans leur action.


Rappelons nous que chaque jour, des hommes et des femmes travaillent dans des conditions difficiles pour nous apporter le meilleur de la Nature tout en la protégeant. La noblesse et l'importance de leur travail appelle notre plus profond respect.

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