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1. L’impact alimentaire

Dernière mise à jour : 25 avr. 2023

Commençons par nous rappeler l’étendue de son influence sur nos sociétés


L’alimentation est au centre de nos préoccupations. Pour certains, ce sera le frisson du dressage d’une assiette étoilée. Pour d’autres, l’importance d’un frigo rempli de produits sains où un outil de militantisme. Pour beaucoup, le plaisir des saveurs, des odeurs et de la convivialité. Pour tous, un rituel obligatoire du quotidien. Pour tous également, un phénomène de moins en moins compris dans sa globalité. Pourtant, cette compréhension est essentielle pour appréhender notre monde car, pour continuer les thèses d’un Jacques Attali où d’un Paul Ariès, brillants auteurs de “Histoires de l’alimentation” et “Une histoire politique de l’alimentation” , cette dernière est l’une des sources principales de la création, de la structuration et de l’évolution de nos sociétés. Pourquoi ? Car elle représente un carrefour d’enjeux majeurs définissant notre monde - 7 pour être exact - structurant nos existences . Elle offre ainsi une finesse de lecture et d’action sur notre réalité que peu d’autres secteurs confèrent.


Economique, à deux niveaux : macro (puissance commerciale, politique et diplomatique des Etats) et micro (pouvoir d’achat des ménages et répartition des postes de dépenses). Rien que pour la France, l’agroalimentaire est le troisième contributeur à l’excédent commercial (d’une valeur de 7 milliards €) tandis que les dépenses alimentaires représentaient 17% du budget total des ménages en 2019.


Ecologique. Que ce soit sur les émissions de gaz à effet de serre, l’effondrement de la biodiversité ou l'empoisonnement des sols et des océans, son impact (négatif aujourd’hui) sur l’état de notre planète est sans pareil. Le choix du lieu de nos courses et donc les circuits que nous finançons, le contenu de notre assiette ainsi que la gestion de nos restes sont des choix quotidiens où nous exprimons notre vision du monde.


Santé : comme le soulignent Anne Lhuissier, Faustine Régnier & Séverine Gojard dans “Sociologie de l’alimentation”, l’histoire des maladies humaines peut être segmentée en 3 grandes phases : les maladies liées au manque (avant la structuration de l’agriculture), celles liées aux carences (suffisamment de production mais pas d’apports nutritifs complets) puis celles de l’abondance (excès de gras, de produits chimiques, de quantité …). Pour citer Hippocrate, “que ton alimentation soit ton médicament” . Tout est dit.


Social : l’alimentation joue un rôle de liant inégalé au sein de notre société. Que ce soit l’importance des repas d’affaires, les dîners diplomatiques, les moments partagés entre amis, les repas de famille, le restaurant ou le café du quartier rassemblant passants et habitués … elle permet la création d’un espace de partage, de réflexion et de discussion. C’est au sein de cet espace que naissent les dynamiques de construction du monde.


Culturel : l’histoire des territoires s’est construite à travers l’alimentation . Le bassin méditerranéen ne serait pas le même sans son histoire culinaire, le rayonnement des cultures françaises ou japonaises est intensifié par leur cuisine, le Pérou s’est développé sur la scène internationale en partie grâce à sa gastronomie. Cet aspect culturel a également des conséquences économiques bien connues (tourisme, export des produits alimentaires ...).


Philosophique : le contenu de nos assiettes et les réflexions sur ce contenu sont un indicateur des courants de pensée qui animent notre société. La création de la conserve en 1810 indiquait la naissance d’un fort courant sanitaire au XIXème et XXème, tandis que le développement récent des viandes de laboratoire (viande synthétique et substituts végétaux) signale, entre autre, un changement de notre rapport à la nature ainsi qu’aux questions de vie ou de mort (en l'occurrence, celle de l’animal).


Plaisir : Aristote indiquait que “le bonheur ne va pas sans le plaisir” . Le meilleur pour la fin : l’alimentation n’est elle pas l’une de nos plus grandes sources de plaisir ? Qui n’a pas ressenti cette impatience à l’approche du repas partagé et dégusté, cette excitation à la découverte du contenu de la cocotte ou de l’assiette dressée ? L’alimentation est une épice, une source d’excitation essentielle pour un quotidien plus savoureux.


Quotidiennement, chacun et chacune d’entre nous ne s’intéresse qu’à un nombre limité de ces enjeux (économie, écologie, santé et plaisir étant les plus répandus). Prendre conscience de l’ensemble des domaines que l’alimentation impacte, c’est reconnaître et apprendre à maîtriser son potentiel d’action. A une époque où des changements systémiques sont nécessaires pour assurer notre survie, elle (re)devient un outil d’action essentiel dont nous devons nous (ré)emparer.



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